Point de vue - L'urbanisme des usages

Juin 2017
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L'abondance règlementaire en matière d'urbanisme pourrait laisser croire que la technique et les procédures ont pris le pas sur le projet. En réalité, si les textes prennent une importance non négligeable dans la conduite des projets, il apparait également important de considérer que nombre d'entre eux se font aujourd'hui selon des modalités encore peu communes il y a quelques années. Du projet négocié avec les habitants jusqu'à l'appel à projets (à l'image de Réinventer la Seine), le spectre des possibilités a largement été renouvelé.

L'engouement lié à ces façons de faire la ville répond à un contexte nouveau, celui où les collectivités s'ouvrent aux partenaires extérieurs pour construire leurs projets, faciliter la réalisation des opérations et partager les risques. Dans cette mécanique nouvelle, un acteur s'est invité, celui qu'il faut séduire et pour qui la ville est faite au quotidien : l'usager. Qu'ils y vivent ou non, qu'ils soient habitants, étudiants, actifs, chalands ou visiteurs, ceux qui tiennent la « maîtrise d'usage » de la ville sont aussi un des moteurs de ce renouvellement.

En proposant de co-construire la ville avec ses acteurs, les collectivités s'adressent directement à ceux qui peuvent promouvoir le changement et participer à l'aménagement urbain. Encore peu développées, les pratiques d'urbanisme éphémère, où la place est laissée aux collectifs et associations pour investir et animer l'espace public pour quelques heures ou quelques jours, tendent à modifier considérablement les rôles de chacun. La collectivité assurant un encadrement là où l'usager devient l'acteur du changement. Si ces pratiques sont encore peu fréquentes en France, elles annoncent cependant un changement de regard en proposant des aménagements temporaires, souples, permettant d'expérimenter.

Dans un contexte de raréfaction des moyens, la pratique de l'expérimentation permet d'engager des modifications de fond en se reposant sur 3 principes de base : une intervention à petite échelle, à court terme et en engageant peu de moyens (humains et financiers). C'est un des aspects des travaux que porte l'AURH en accompagnant la thèse de Sarah Dubeaux sur la reconversion des espaces vacants délaissés : faire naître de nouveaux usages et créer une dynamique de projets dans des secteurs délaissés. Cette pratique, utilisée en Allemagne, est un des outils employés pour valoriser des secteurs en friche et construire de nouvelles stratégies foncières.

Si l'usager peut être le vecteur du changement et du renouveau, il est aussi le centre des attentions dans la construction de nouveaux projets. Pour rendre efficients les investissements, il faut séduire et donner envie de fréquenter la ville. C'est l'un des objectifs qui prévaut à la construction du plan Campus de la CODAH. Le sujet est autant de répondre aux besoins des étudiants dans leur quotidien que d'offrir un écosystème favorable aux écoles présentes ou qui souhaiteraient s'installer. Le plan est donc autant défini par son programme que par ses usages qui peuvent largement dépasser la sphère des étudiants quand ils touchent à la culture, aux sports, à la construction d'espaces de travail ou simplement aux déplacements d'un site à l'autre du campus.

Ces évolutions dans les pratiques, même si elles sont notables, ne nous écartent pas fondamentalement de notre façon de faire la ville. Le véritable changement s'opère aujourd'hui, car loin de se satisfaire d'une ville statique, le citadin, le touriste, l'usager adoptent de nouveaux comportements et ont de nouvelles attentes qu'il nous faut saisir, décrypter et même anticiper. C'est le défi que permettent de relever les données numériques que produisent tous les acteurs de la ville. Si l'objectif est d'apporter des services pour améliorer leur quotidien, ces données sont également l'outil incontournable pour faciliter l'organisation et la gestion des services urbains 2.0.

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