Point de vue - Des appels à projets pour fabriquer la ville?

Juin 2017
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Les appels à projet s'installent progressivement dans le paysage de l'urbanisme. La démarche « Réinventer Paris » avait constitué la première version de ces nouveaux outils de fabrication de la ville. L'appel à projets « Réinventer la Seine », dont les lauréats seront connus en juillet 2017, appréhende une échelle métropolitaine plus large encore et porte particulièrement sur les nouveaux usages sur l'eau et au bord de l'eau. Ces appels à projets se multiplient et concernent désormais toutes les échelles de l'action publique locale, du bourg à la grande métropole.

Dans ce type de démarche, les propriétaires de sites, les collectivités le plus souvent, mettent à disposition, de manière temporaire ou définitive, un terrain, un bâtiment ou même un plan d'eau, à des équipes qui auront su convaincre de leur capacité à mettre en œuvre un projet innovant, financé et en phase avec les orientations de la collectivité.

Le nouvel outil que constitue l'appel à projets présente la spécificité de ne pas reposer sur un cahier des charges où la procédure prend parfois le pas sur l'intention, où la collectivité n'appréhende qu'une partie seulement du champ des possibles. La collectivité adopte une nouvelle posture qui doit combiner l'ouverture d'esprit face à des propositions souvent inédites mais également l'exigence de maintenir la direction impulsée par les élus.

Alors que dans les procédures d'urbanisme classiques, les aspects administratifs prennent une place prépondérante, les appels à projets permettent un espace de dialogue centré sur les usages, sur l'innovation et l'équilibre économique du projet.

Dans ces nouveaux espaces de fabrication de la ville, apparaissent des acteurs jusqu'alors éloignés du monde de l'urbanisme. « Start-uppers », sociologues, associations locales, acteurs financiers viennent compléter les attelages traditionnels des projets urbains et leur apportent une dimension supplémentaire. Ces démarches d'un type nouveau permettent non seulement d'hybrider les compétences mais aussi de nouer des partenariats entre des acteurs d'envergures nationale et internationale et des acteurs locaux qui apportent leur connaissance du terrain.
En face, la collectivité doit répondre à plusieurs exigences : mettre en relation l'ensemble des acteurs intéressés par la démarche pour susciter la création d'équipes, apporter toutes les informations techniques utiles aux porteurs de projet et veiller à ce que les orientations de la collectivité soient bien intégrées dans les propositions. L'innovation constituant le critère central dans ces appels à projets, la collectivité doit donc s'entourer d'experts en capacité à décortiquer les projets, à les analyser dans toutes leurs dimensions et à se prononcer sur la robustesse des modèles économiques proposés.

La multiplication récente de ces appels à projets ne signifie pas pour autant que les outils d'urbanisme existants ont vocation à être remplacés. Ces instruments nouveaux constituent une force supplémentaire pour le territoire : ils concernent quelques points d'appui bien identifiés et pourront servir de leviers dans les stratégies inscrites dans les documents d'urbanisme. Les projets issus de ces nouvelles démarches doivent s'inscrire dans les documents d'urbanisme existants (PLU, PLUi, SCoT) mais aussi peut être les faire évoluer vers plus de souplesse.

 

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